Je sortirai regarder la pleine lune à l’aube.
Je ne l’interrogerai pas (ni elle non plus).
Nous nous regarderons avec la fixité d’une dernière rencontre.
Sa pitié pour ma pâleur, ma rancune pour son lit
de roche, n’interrompront pas le sourd amour de tant d’années.


Je ne lui demanderai pas de poèmes, je ne traînerai pas sa couronne
jusqu’à ma table de travail.
Elle à sa place, moi à la mienne : tel est le vieux filet,
l’expédition, mon désir couvert d’ombres,
comme les écailles d’un poisson platiné.


Lorsque le nuage errant la couvrira, j’irai dormir.
La certitude de la retrouver – si je me réveille -                           est l’esprit secret de ma maison dans la moiteur de la nuit.


Pauline Vinderman, Barque noire, Editions Lettres vives, traduction de
Jacques Ancet

ET UN GRAND MERCI A L'AMI Jean-Luc KLAPKA, qui m'envoie souvent et généreusement des poèmes à découvrir, pour -entre autres - nourrir ces envois de Poèmes de la semaine... dont j'ai du mal à tenir le rythme régulier ...!