Le mot infini est infini,
Le mot mystérieux est mystérieux.
Tous deux sont infinis, mystérieux.
Syllabe après syllabe tu tentes de les convoquer
sans qu’une lumière annonce leur empire,
sans qu’une ombre dise à quelle distance d’eux
est l’opacité où tu évolues.
Ils vont vers l’éclatante clarté et y nichent,
quand tu les laisses libres dans l’air
en espérant qu’une aile inexplicable
t’emporte vers leur vol

Y a-t-il autre chose que sa saveur dans le goût de la vie ?


Ida Vitale, Ombre de la mémoire, anthologie de la poésie hispano-américaine, éditions Gallimard, Collection du monde entier, 2009, traduction de Jean-Luc Lacarrière