Ecrivez-vous plutôt « pour », ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré », ou « à propos de » ?

Dans une énergie de  pour  je crois. Mais qui peut contenir parfois du contre et du malgré. Quant à dedans/dehors, j’ai le sentiment d’être sur un fil tendu entre les deux quand j’écris.

Quelle est la part de la contrainte dans votre écriture ?

Ça dépend des livres. Souvent, elle m’arrive après avoir commencé à écrire, comme pour m’aider à poursuivre.

Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ?

Je suis avec mes enfants, je lis, je monte à cheval, je vais au cinéma, je fais toutes les tâches ordinaires et quotidiennes de la maison, je voyage pour rencontrer toutes sortes de gens, autour de la poésie.

Qui est votre premier lecteur ?

L’homme avec qui je vis. Ou/et des amis poètes.

Qu’est-ce qu’un bon éditeur ?

Un lecteur attentif, et qui va faire en sorte que le livre vive sa vie durablement dans des lieux différents, et qui respecte un contrat de droits d’auteur avec l’auteur.

Que diriez-vous à un auteur cherchant son premier éditeur ?

De commencer par lire, d’envoyer des textes à des revues (pour le poésie), d’être patient.

Quelle fut votre première grande émotion de lectrice ?

Après les livres de la bibliothèque verte dont je ne me souviens que des titres, les premiers noms d’écrivains dont je me souvienne avec émotion sont Camus, St Exupéry, et Giono.

Que faut-il lire de vous ?

Le prochain livre !

Votre ego d’écrivain vous gêne-t-il pour marcher ?

Non,  je ne crois pas...

Qu’est-ce que la poésie ?

C’est peut-être une grande attention à ce qui se passe autour de soi – loin ou près - en même temps qu’aux mouvements que ça provoque au- dedans. Une sorte de tension qui me fait tenir debout.

Trois œuvres qui vous ont sidérée…

La peinture de Soulages, la musique de Chopin, la poésie d’Antoine Emaz.

Qu’est-ce qui vous anime ?

Le désir d’intensité, même dans les toutes petites choses.

Comment vivez-vous votre époque ?

Je constate évidemment avec  grandes colère et tristesse le désastre écologique, la violence et le pouvoir de l’argent, l’absurdité politique, mais je vois aussi comme des êtres et des lieux peuvent être merveilleux, comme des amitiés peuvent sauver, comme il est possible de renaître n’importe quand.

Êtes-vous plutôt « jour » ou « nuit » ?

Plutôt jour, très nettement, et surtout quand il se lève,(re)commence…

Où vous êtes-vous sentie le mieux ?

A cheval. Dans des livres (que je suis en train de lire, que je suis en train d’écrire). Dans des lieux sans brouhaha. Avec des gens que j’aime.

Quel homme auriez-vous aimé être ?

Un homme heureux, amoureux, libre, fidèle.

Qu’est-ce qui est pour vous véritablement érotique ?

La courbure d’une nuque, certaines voix d’hommes, des passages de livres.

Quelle est votre plus belle réussite ?

Le vol plané que j’ai fait pour ne pas mourir dans l’accident de voiture du 26 août 1972.

Qu’avez-vous vraiment raté ?

La préservation de l’argent reçu en héritage de mon père.

Qu’admirez-vous ?              

Les ours blancs, les baleines, les chevaux, les arbres, les fleuves, les familles qui se parlent, les frères et sœurs qui rient ensemble au téléphone, les gens qui se prennent dans les bras, le vertigineux ciel et tout l’univers, mes écrivains et artistes préférés, la synchronicité des évènements, les silences peuplés  des forêts, les plats cuisinés par les autres, le savoir-faire en couture, les gens brillants et humbles, l’humour, les étoiles filantes…

Que vomissez-vous ?

La bêtise, les renoncements tristes, l’hypocrisie, le cynisme, la violence envers toute forme de vie, la vulgarité, les paroles et les actes déconnectés du corps, du désir, du senti, les antibiotiques, le mépris, les livres glauques et branchés, les idées sans cœur, les grandes opérations commerciales, le boucan…

Où en êtes-vous avec l’utopie ?

J’ai l’impression d’avoir perdu beaucoup d’illusions, et tant mieux, mais je crois toujours en l’impossible.

Qu’attendez-vous des autres ?

Leur meilleur.

Quelle pourrait être votre épitaphe ?

Souriez-moi.

Ces questions-réponses sont publiées par le revue Disonnances (printemps 2013)- La Grand-Maison - 49570 Montjean-sur-Loire (http://revuedissonances.over-blog.com)