albane gellé

vendredi 23 juin 2017

Poème de la semaine

Donnez-moi ce matin, ces heures 

encore du petit matin 

quand tout commence, donnez-moi, je vous prie, 

ce mouvement léger des branches, 

un souffle, rien de plus, 

et que je sois comme quelqu’un 

qui se réveille dans le monde et qui ne sait 

ni ce qui vient  ni ce qui va 

mourir, donnez-moi 

juste un peu de ciel, ou ce caillou. 

   

Claude Esteban, 

extrait de Quelqu’un commence à parler dans une chambre, éditions Flammarion 

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jeudi 18 mai 2017

Rivière durant au coeur

 

Aimons-nous c'est l'heure

puisque nous passerons comme un matin

dans la confusion des nuages

 

Encore faisons-nous flammes à travers flammes

 

Alliés des deltas lointains

 

Au vol tremblé du poème

prenons sa nuit légère

 

Soyons un effort de branche sous la neige

 

Je nomme ces régions humaines

qui ont beau ciel sur l'énigme

 

Puisque l'orage brûle

dans des cheveux d'enfant

puisque la gueule des amandiers

râle dans les jardins

aimons-nous

 

Et puisque l'homme mord son rêve

jusqu'au sang

 

aimons-nous c'est renaître

 

Jean-Pierre Siméon

Venez à sa  rencontre samedi 20 mai à 17 heures à Chênehutte !

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mardi 9 mai 2017

Poème de la semaine

 vous pourriez appeler chacune des bêtes par son nom,                        chacune par chacun de ses traits, par sa manière de contourner                   le piquet, le tronc, le fossé, par sa démarche sous les grands                arbres secs et dans la pente, par sa soif, sa faim, ses pelures                   d'oreilles, l'épaisseur de sa toison, par sa patience avec les              mouches, son bêlement dans l'écho,

 vous les avez toutes nommées très tôt, dès leur arrivée, avec                     elles épelé ce qui n'aura de signifiance qu'entre vous et la                      montagne, balbutiement trouvé entre les mottes et les hautes                herbes, que lentement vous mâchez, avec elles vous ruminez

Franck Doyen

extrait de collines, ratures, éditions La lettre volée

 

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mardi 18 avril 2017

Poème de la semaine

 

   NATUREL ET SANS DANGER

 

Au printemps les bidonvilles

ressemblent à des cabanes de jardiniers

près du bulldozer ensablé

les terres rases commencent à verdir

 

une péniche glisse sur son bras de Seine

étendue blanche de sable

sans rapport avec une plage

parking futur de remorques garées

 

sur une étendue d'eau un cygne blanc

sur un autre un sac en plastique blanc

se ressemblent comme deux gouttes d'eau

-dans ce paysage précipité par le train -

 

deux chevaux se cabrent

eux seuls ne s'habituent pas

à ce trait bruyant et vif

ils ont leur caractère leurs émois

leur vie à eux

ils ne changent pas.

 

Camille Loivier,

extrait de La terre tourne plus  vite, éditions Tarabuste.

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mercredi 5 avril 2017

Poème de la semaine

De ce côté-ci

ou d'un autre

 

d'un autre

encore

 

de tous

côtés

 

dès lors

 

qu'il nous faut

poursuivre

 

nourrir les mots

par grand froid les abeilles

 

Pascal Commère

extrait de Pris de froid, éditions "Le Frau" (Odile Fix)

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mardi 21 mars 2017

Poème(s) de la semaine

L'impatience ne convient pas au poème.

il suffit de  compter:

tant de jours d'impatience, et si peu de poèmes.

 

               *

 

Dans l'idée d'un poème,

on se réveille parfois,

avec le mot aube dans le mot épaule.

 

               *

 

Les morts tranquilles  marchent dans l'eau.

Ils n'étaient pourtant pas partis

pieds nus.

 

               *

 

Comment

a-t-on pu inventer

le mot abat-jour ?

 

Patricia Castex Menier

extraits de Miniatures, éditions Tensing.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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lundi 6 mars 2017

Poème de la semaine

 

tu es pressé d'écrire

comme si tu étais en retard sur la vie

s'il en est ainsi fais cortège à tes sources

hâte-toi

hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance

effectivement tu es en retard sur la vie

la vie inexprimable

la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir

celle qui t'es refusée chaque jour par les êtres et par les choses

dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés

au bout de combats sans merci

hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière

si tu rencontres la mort durant ton labeur

reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride

en t'inclinant

si tu veux rire

offre ta soumission

jamais tes armes

tu as été créé pour des moments peu communs

modifie-toi disparais sans regret

au gré de la rigueur suave

quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit

sans interruption

sans égarement

 

essaime la poussière

nul ne décèlera votre union.

 

 

René Char

extrait de Commune présence, in Le Marteau sans maître (1934-1935)éditions Corti José

 

 

 

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dimanche 26 février 2017

Poèmes de la semaine

dans un livre

il y a un livre

un poème isolé

 

      *

 

nuit nuit nuit

noire noire noire

un poème isolé

 

      *

 

un poème isolé

et si on le changeait

de côté

 

      *

 

entre le 30 avril

et le 1er mai

un poème isolé

 

      *

 

il y a foule de gens

dans le monde et ici

un poème isolé

 

Frédéric Forte

extraits de Poèmes isolés, Editions du Centre de Créations pour l'Enfance, collection Petit Va.

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mardi 14 février 2017

Certaines phrases font mal

on dirait de la vitre

qui coupe les pieds sur la plage

ou des aiguilles

enfoncées sous la peau

tout devient noir

même les sons dans la gorge

Personne ne nous a appris à répondre

quand on nous dit

Je ne t'aime pas

les yeux commencent à s'embuer

ils viennent jeter

un voile sur les choses

et j'ai besoin de marcher

à petits pas

J'ai besoin de poser les pieds

sur un sol

qui ne tremble plus

 

Louise Dupré

extrait de Les mots secrets, éditions La courte échelle (Québec)

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mardi 31 janvier 2017

Poème de la semaine

Allons donc ! voyageur inconnu viens avec moi!

Plus jamais  tu ne te lasseras de ton voyage.

 

La terre n'est jamais lasse,

Fruste,  taciturne, lente à comprendre, c'est son image au

premier abord, c'est l'image de la Nature au premier abord,

Oui mais ne te décourage pas, avance, les secrets divins

sont bien enveloppés,

Je te jure qu'il existe des secrets divins dont nos mots sont

incapables de dire la beauté.

 

Allons! on ne s'arrête pas en route,

Douceur de trésors secrets ou amitié du lieu, on ne s'arrête

pourtant pas,

Calme du havre, tranquillité des eaux, on ne jette nulle part l'ancre,

Hospitalité des environs, on a tout juste le droit d'en jouir

un petit peu en passant.

 

Walt Whitman

extrait de Feuilles d'herbe, éd. Grasset.

Posté par albanegelle à 03:14 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]