albane gellé

samedi 18 novembre 2017

Quand je panique la mécanique de

mon coeur déraille au point que je

me prends pour une locomotive à

vapeur dont les roues décollent

dans les virages. Je voyage sur les

rails de ma propre peur.

 

Un jour de longs sanglots, je me

suis aperçu que boire les larmes

apportait du réconfort. Mais il ne

faut pas en prendre quand on est

dans un état normal, sinon, on ne

parvient plus à être joyeux sans en

boire et c'est le cercle vicieux, on

n'arrête pas de pleurer pour pouvoir

boire ses larmes

Mathias Malzieu

extrait de La mécanique du coeur, éd. Flammarion

Posté par albanegelle à 09:49 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]


samedi 4 novembre 2017

Poème de la semaine

Comme un oui à

La syllabe ouverte

A l'exigence de liberté

La belle avalanche des déchirements

 

L'enfance ne cesse pas de pencher

A force d'enfance

D'étreindre l'étreinte en nous

Tout défaillance et bergeronnette

 

Accueil harcèlement érables

De ce qui précède la lumière à la lumière

Ombre et aube que nous partageons et nommons

Un seul nom a le nom de tout

 

Bernard Vargaftig

extrait de Je n'aime que l'énigme, éditions Jacques Brémond.

 

 

Posté par albanegelle à 06:28 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]

vendredi 20 octobre 2017

Poème de la semaine

J’ai force suffisante en moi
pour me lever chaque matin
le dur est de s’acclimater
à nouveau après cette halte
en luminosité lunaire
où le rêve tisse une toile
que l’on déchire dans la rue
Pas à pas ramendons filet
de notre vie imaginaire
Georges Perros,
extrait de Une vie ordinaire, éditions Gallimard 

Posté par albanegelle à 10:11 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]

mardi 10 octobre 2017

Lettre d'informations numéro 2

Chênehutte, 9 octobre 2017

Bonjour à vous tous, abonnés à ce petit blog, qui recevez surtout les poèmes des semaines et aussi les lettres d’information. Voici quelques nouvelles, via cette deuxième lettre, qui fait suite à la première, envoyée en septembre 2016.

Il y a un an, je vous écrivais que je renonçais à vouloir à tout prix réunir cheval et poésie, et que je vivrai les choses de manière plutôt séparée finalement, avec d’une part des petits voyages ici ou là pour des rencontres, lectures, etc, autour de la poésie et d’autre part des temps ici à Chênehutte,  avec les chevaux et des gens qui viendraient passer du temps avec eux.  C’est à peu près comme ça que l’année passée  s’est déroulée.

Côté Petits chevaux et compagnie, j’ai commencé d’accueillir des enfants ici depuis les vacances de la Toussaint 2016, et j’ai constaté que ce temps des vacances scolaires me convenait bien pour cela. Pendant toutes les vacances scolaires donc, jusqu’à l’été 2017, des enfants de 3 à 13 ans sont venus passer des moments en compagnie des six petits chevaux qui les attendaient, ils ont pris soin d’eux, ils ont appris à marcher à leurs côtés, ils les ont brossés, lavés, ont curé leurs pieds, en parlant, en se taisant, on est partis ensemble dans la forêt prendre des goûters, trotter,  galoper, et même sauter des obstacles à côté d’eux, on a bien ri, on a pris des coups de soleil et un gros orage un jour, ces moments ont été joyeux et très simples. Ces enfants, seuls ou en tout petits groupes m’ont laissé très souvent, avant de repartir, des mots. Les mots qui leur arrivaient dans ces moments-là, ceux qu’ils avaient envie de partager, ceux qu’ils avaient envie de déposer dans une petite boite à mots, à mon invitation…

Pour ce qui est de la seconde partie du projet de Petits Chevaux et compagnie : les balades à cheval personnalisées  dans la forêt, toutes sortes de doutes et de réflexions sont venus me questionner au printemps dernier. J’ai finalement pris la décision de suivre cette année une formation aboutissant au diplôme d’Accompagnateur Tourisme Equestre, tout d’abord parce que légalement, il est indispensable d’avoir ce diplôme pour pouvoir emmener des gens à cheval à l’extérieur, ensuite parce qu’il est important pour moi d’aller jusqu’au bout de cette aventure, symboliquement et professionnellement. Si tout se passe bien, je passerai les différents examens pour obtention de ce diplôme, en juillet 2018, et cela devrait correspondre au moment où, approximativement, Everest, le cheval Trait Comtois que nous avons adopté, particulièrement en pensant à ces balades, sera lui aussi fin prêt ! Du coup, à rêver à ces futures balades, j’ai vu que je ne pouvais pas m’empêcher d’y associer des poèmes,  des textes,  des bouts de récits, que j’emmènerai dans ma poche ou qui seront déjà dans certains arbres. Il s’agira aussi de faire découvrir des itinéraires particuliers dans la forêt, à des moments choisis, matins, après-midis, mais aussi aux crépuscules ou aux soirs de pleine lune… Ce sera finalement des balades poétiques…

Côté poésie-poésie, un livre est sorti en juin dernier aux éditions Esperluète, avec des dessins d’Alexandra Duprez, il s’appelle Chevaux de guerre, et il est question de chevaux évidemment… Pour ce qui est des livres à paraitre, il y aura Pelotes, averses, chemins, aux éditions L’atelier contemporain, début 2018, un livre de 37 poèmes avec 37 dessins de Patricia Cartereau. Et un autre livre chez Esperluète, Nos abris, nos cailloux, des textes en prose qui sont des sortes de monologues de personnes s’adressant les unes aux autres, avec des images d’Anne Leloup. Et puis un petit texte jeunesse Une journée avec Marguerite, certainement aux éditions du Carnet des dessert de lune… Et puis d’autres chantiers sont en cours de finition, dont ce Cher animal

Côté évènements poétiques, la ville de Saumur va inaugurer bientôt (le 10 novembre) son Centre de Rencontres de la Poésie Contemporaine, c’est une belle nouvelle. 

On dirait que les choses se mélangent et se relient, que rien n’est séparé de rien finalement…

Belle fin d’automne à vous tous, et au plaisir de se voir, revoir, ici ou là,  au milieu des livres ou des chevaux, ou les deux !

Albane

 

Posté par albanegelle à 01:05 PM - Commentaires [2] - Permalien [#]

jeudi 5 octobre 2017

Poème de la semaine

                    Le cheval

C'est vrai que je croyais en la ferveur immense de                                    vivre. Chaque pas amplifiait en moi de vieilles                                        mais toujours mouvantes adorations. Ce pouvait                                          être un arbre, la nuit, c'étaient des forêts de                                       routes, ou le ciel et sa vie tourmentée, à coup                                         sûr le soleil.
Un jour je vis la solitude. Au faîte d'un monticule,                                     un cheval, un seul, immobile, était planté dans un                                   univers arrêté. Ainsi mon amour, suspendu dans le                                     temps, ramassait en un moment sur lui-même sa mémoire                               pétrifiée. La vie et la mort se complétaient, toutes                                     portes ouvertes aux prolongements possibles. Pour une                                 fois, sans partager le sens des choses, j'ai vu. J'ai                                     isolé ma vision, l'élargissant jusqu'à l'infinie                                   pénétration de ses frontières. Je laissais à plus tard                                   le soin de voir ce qu'on allait voir. Mais qui saurait                               affirmer que les promesses ont été tenues?

Tristan Tzara

extrait de Miennes, éditions Flammarion

Posté par albanegelle à 09:34 AM - Commentaires [1] - Permalien [#]


jeudi 31 août 2017

Poème de la semaine

on sent qu'on n'a plus l'ombre avec soi

qu'elle a perdu sa rondeur d'à midi

sous l'arbre

 

et la lumière plus loin sur l'herbe

presque au vert disparu

se heurte à des bris d'oiseaux qui se

retournent d'un seul instant s'

effacent vont paraître plus haut

comme un mot nous arrive

ou nous est retiré

coups par à-coups et qu'on sent en plein coeur

 

ce qui se joue alors dans un verre d'eau

entre des anges et la peau des doigts

le paysage comme du sucre

fond au fond

les souvenirs suent

et rien n'est encore empoisonné

 

de grands essaims pendent

poches fermées

l'enfant s'invente

et son futur tient dans le moment

 

Véronique Gentil

poème extrait de Va, éditions Faï Fioc

Posté par albanegelle à 09:05 AM - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 18 août 2017

Poème de la semaine

où êtes-vous hommes de tous les jours ?

où cachez-vous vos aimables figures ?

vous rentrez dans le lit de vos amours

et vous dormez selon votre habitude

vous ignorez tout ce que la nature

humaine peut avoir de différent

et moi cependant comme un chien errant

je traverse la nuit à la recherche

de ce qu’est la vraie vie dont je me rends

compte qu’elle échappe à toute recherche

 

et ce matin en m’éveillant je pense

à ce qu’il faudrait que je fasse pour

me sauver de la route où se dépense

ce temps qui pousse mes nuits et mes jours

lors remontant sur une chaise j’ouvre

ma tabatière pour voir la lumière

l’espoir à nouveau rentre dans mon être

et je me dis : oui j’aurai la vraie vie

enfin un jour je saurai la connaître

et je n’aurai plus jamais à souffrir

 

William Cliff,

poème extrait de Adieu patries, éditions du Rocher

Posté par albanegelle à 04:44 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 10 août 2017

Dans ma maison de Géronimo

vit une femme au nom d'Oublie

Elle a des mains fragiles qui laissent tomber les choses

et des yeux posés sur le vide

Oublie écrit chaque jour

L'écriture est son enclos, son étable, son abri à l'abri du

monde

elle y gagne son taisement

pied à pied et d'arrache

Elle creuse s'étonne et se rapaille

Ce qu'elle voudrait dire

et jamais ne le peut

naufrage dans sa bouche

tocsin les mots

ocsin le lointain

Qui pleure là

Si proche de moi-même au moment de pleurer ?

Informulable solitude d'Oublie

 

Marie Huot

extrait de Ma maison de Géronimo, éditions Al Manar

Posté par albanegelle à 06:26 AM - Commentaires [1] - Permalien [#]

vendredi 14 juillet 2017

Poème de la semaine

 

Il y a toujours des pays

 

qu’on oublie d’atteindre

 

des pâturages trop riches

 

où fume le plaisir.

 

Je tourne déjà la tête

 

vers le bruit sourd

 

de quatre sabots

 

sur des branches mortes.

 

         *

 

Avec, sur ton pelage,

 

la sueur du désir

 

et la fragrance des forêts

 

stagnant sur la bête rapide,

 

je baiserai tes yeux

 

sur les feux de colère,

 

mes mains seront savantes

 

pour te lier à moi.

 

Je t’enseignerai cette langueur

 

vague et tiède qui règne

 

sur les troupeaux calmes.

 

Andrée Sodenkamp

extrait de C’était une nuit comme une autre, éditions L’arbre à paroles

 

Posté par albanegelle à 07:56 AM - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 23 juin 2017

Poème de la semaine

Donnez-moi ce matin, ces heures 

encore du petit matin 

quand tout commence, donnez-moi, je vous prie, 

ce mouvement léger des branches, 

un souffle, rien de plus, 

et que je sois comme quelqu’un 

qui se réveille dans le monde et qui ne sait 

ni ce qui vient  ni ce qui va 

mourir, donnez-moi 

juste un peu de ciel, ou ce caillou. 

   

Claude Esteban, 

extrait de Quelqu’un commence à parler dans une chambre, éditions Flammarion 

Posté par albanegelle à 10:17 AM - Commentaires [1] - Permalien [#]