albane gellé

mardi 21 mars 2017

Poème(s) de la semaine

L'impatience ne convient pas au poème.

il suffit de  compter:

tant de jours d'impatience, et si peu de poèmes.

 

               *

 

Dans l'idée d'un poème,

on se réveille parfois,

avec le mot aube dans le mot épaule.

 

               *

 

Les morts tranquilles  marchent dans l'eau.

Ils n'étaient pourtant pas partis

pieds nus.

 

               *

 

Comment

a-t-on pu inventer

le mot abat-jour ?

 

Patricia Castex Menier

extraits de Miniatures, éditions Tensing.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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lundi 6 mars 2017

Poème de la semaine

 

tu es pressé d'écrire

comme si tu étais en retard sur la vie

s'il en est ainsi fais cortège à tes sources

hâte-toi

hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance

effectivement tu es en retard sur la vie

la vie inexprimable

la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir

celle qui t'es refusée chaque jour par les êtres et par les choses

dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés

au bout de combats sans merci

hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière

si tu rencontres la mort durant ton labeur

reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride

en t'inclinant

si tu veux rire

offre ta soumission

jamais tes armes

tu as été créé pour des moments peu communs

modifie-toi disparais sans regret

au gré de la rigueur suave

quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit

sans interruption

sans égarement

 

essaime la poussière

nul ne décèlera votre union.

 

 

René Char

extrait de Commune présence, in Le Marteau sans maître (1934-1935)éditions Corti José

 

 

 

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dimanche 26 février 2017

Poèmes de la semaine

dans un livre

il y a un livre

un poème isolé

 

      *

 

nuit nuit nuit

noire noire noire

un poème isolé

 

      *

 

un poème isolé

et si on le changeait

de côté

 

      *

 

entre le 30 avril

et le 1er mai

un poème isolé

 

      *

 

il y a foule de gens

dans le monde et ici

un poème isolé

 

Frédéric Forte

extraits de Poèmes isolés, Editions du Centre de Créations pour l'Enfance, collection Petit Va.

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mardi 14 février 2017

Certaines phrases font mal

on dirait de la vitre

qui coupe les pieds sur la plage

ou des aiguilles

enfoncées sous la peau

tout devient noir

même les sons dans la gorge

Personne ne nous a appris à répondre

quand on nous dit

Je ne t'aime pas

les yeux commencent à s'embuer

ils viennent jeter

un voile sur les choses

et j'ai besoin de marcher

à petits pas

J'ai besoin de poser les pieds

sur un sol

qui ne tremble plus

 

Louise Dupré

extrait de Les mots secrets, éditions La courte échelle (Québec)

Posté par albanegelle à 03:46 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 31 janvier 2017

Poème de la semaine

Allons donc ! voyageur inconnu viens avec moi!

Plus jamais  tu ne te lasseras de ton voyage.

 

La terre n'est jamais lasse,

Fruste,  taciturne, lente à comprendre, c'est son image au

premier abord, c'est l'image de la Nature au premier abord,

Oui mais ne te décourage pas, avance, les secrets divins

sont bien enveloppés,

Je te jure qu'il existe des secrets divins dont nos mots sont

incapables de dire la beauté.

 

Allons! on ne s'arrête pas en route,

Douceur de trésors secrets ou amitié du lieu, on ne s'arrête

pourtant pas,

Calme du havre, tranquillité des eaux, on ne jette nulle part l'ancre,

Hospitalité des environs, on a tout juste le droit d'en jouir

un petit peu en passant.

 

Walt Whitman

extrait de Feuilles d'herbe, éd. Grasset.

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jeudi 12 janvier 2017

Poème de la semaine

J'écris parce que je vais disparaître

 

C'était là,

Ma fille assise dans l'escalier, je la regarde entre les barreaux

Ne bouge pas,

J'aime continuer

 

L'importance de se regarder

Sans doute

Le visage en veut un autre

 

Les tout petits, ne plus rien dire

 

Ainsi la nuit si j'entends le chat manger enfin,

Lui si maigre, je sais qu'il bouge son menton aux os fins

Il a besoin de manger, nous oubliant

Pendant que la nourriture craque entre ses dents

 

Les craquements, si on voulait, on saurait où c'est

Passer entre les barreaux, les frôler

Sans se faire peur

Surtout quand un animal tourne sa tête, hésite,

Puis retourne à son bol où il reste de la solitude

 

Ariane Dreyfus,

extrait de Le dernier livre des enfants, éditions Flammarion.

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mardi 3 janvier 2017

Poème de la semaine

Tel cheval qui boit à la fontaine

Telle feuille qui en tombant nous touche

Telle main vide, ou telle bouche

Qui voudrait nous parler et qui ose à peine-,

 

Autant de variations de la vie qui s'apaise

Autant de rêves de la douleur qui somnole;

Ô que celui dont le coeur est à l'aise

Cherche la créature et la console.

 

Rainer Maria Rilke

extrait de Vergers.

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jeudi 1 décembre 2016

Poème de la semaine

on a du mal à être

celui dont on parle

vite d'évidence sauf

qu'on ne voit pas du tout

 

mais on ne veut pas gêner

faire perdre du temps

 

peut-être que celui qui parle

voit parce qu'il est dehors

 

s'il était dedans

il ne verrait rien

 

Antoine Emaz

extrait de Limite, éditions Tarabuste.

 

 

 

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mardi 15 novembre 2016

Poème de la semaine

La joie d'être à la fenêtre

 

La joie d'être à la fenêtre, je l'ai encore.

Une feuille fanée colle à la vitre.

Le corbeau, avec son cri automnal,

quitte les nuages

pour se présenter à moi.

Et un soupçon d'espoir fleurit sur l'herbe,

de ma bouche

à ta bouche, il pourrait s'aventurer.

Mais nulle part tu ne veux apparaître.

Pourtant j'ai encore la joie d'être à la fenêtre.

 

Johannes Kühn

extrait de A qui appartient ce long cortège de nuages blancs ? (éditions Cheyne)

poèmes traduits par Joël Vincent.

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vendredi 4 novembre 2016

Poème de la semaine

Ne m'oubliez pas

même si je suis parti aussi loin que

les nuages

lorsque dans le ciel la nuit aura achevé

son parcours nous nous reverrons

poème attribué à Ariwara No Narihira

Posté par albanegelle à 09:20 PM - Commentaires [3] - Permalien [#]