albane gellé

jeudi 31 août 2017

Poème de la semaine

on sent qu'on n'a plus l'ombre avec soi

qu'elle a perdu sa rondeur d'à midi

sous l'arbre

 

et la lumière plus loin sur l'herbe

presque au vert disparu

se heurte à des bris d'oiseaux qui se

retournent d'un seul instant s'

effacent vont paraître plus haut

comme un mot nous arrive

ou nous est retiré

coups par à-coups et qu'on sent en plein coeur

 

ce qui se joue alors dans un verre d'eau

entre des anges et la peau des doigts

le paysage comme du sucre

fond au fond

les souvenirs suent

et rien n'est encore empoisonné

 

de grands essaims pendent

poches fermées

l'enfant s'invente

et son futur tient dans le moment

 

Véronique Gentil

poème extrait de Va, éditions Faï Fioc

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vendredi 18 août 2017

Poème de la semaine

où êtes-vous hommes de tous les jours ?

où cachez-vous vos aimables figures ?

vous rentrez dans le lit de vos amours

et vous dormez selon votre habitude

vous ignorez tout ce que la nature

humaine peut avoir de différent

et moi cependant comme un chien errant

je traverse la nuit à la recherche

de ce qu’est la vraie vie dont je me rends

compte qu’elle échappe à toute recherche

 

et ce matin en m’éveillant je pense

à ce qu’il faudrait que je fasse pour

me sauver de la route où se dépense

ce temps qui pousse mes nuits et mes jours

lors remontant sur une chaise j’ouvre

ma tabatière pour voir la lumière

l’espoir à nouveau rentre dans mon être

et je me dis : oui j’aurai la vraie vie

enfin un jour je saurai la connaître

et je n’aurai plus jamais à souffrir

 

William Cliff,

poème extrait de Adieu patries, éditions du Rocher

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jeudi 10 août 2017

Dans ma maison de Géronimo

vit une femme au nom d'Oublie

Elle a des mains fragiles qui laissent tomber les choses

et des yeux posés sur le vide

Oublie écrit chaque jour

L'écriture est son enclos, son étable, son abri à l'abri du

monde

elle y gagne son taisement

pied à pied et d'arrache

Elle creuse s'étonne et se rapaille

Ce qu'elle voudrait dire

et jamais ne le peut

naufrage dans sa bouche

tocsin les mots

ocsin le lointain

Qui pleure là

Si proche de moi-même au moment de pleurer ?

Informulable solitude d'Oublie

 

Marie Huot

extrait de Ma maison de Géronimo, éditions Al Manar

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vendredi 14 juillet 2017

Poème de la semaine

 

Il y a toujours des pays

 

qu’on oublie d’atteindre

 

des pâturages trop riches

 

où fume le plaisir.

 

Je tourne déjà la tête

 

vers le bruit sourd

 

de quatre sabots

 

sur des branches mortes.

 

         *

 

Avec, sur ton pelage,

 

la sueur du désir

 

et la fragrance des forêts

 

stagnant sur la bête rapide,

 

je baiserai tes yeux

 

sur les feux de colère,

 

mes mains seront savantes

 

pour te lier à moi.

 

Je t’enseignerai cette langueur

 

vague et tiède qui règne

 

sur les troupeaux calmes.

 

Andrée Sodenkamp

extrait de C’était une nuit comme une autre, éditions L’arbre à paroles

 

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vendredi 23 juin 2017

Poème de la semaine

Donnez-moi ce matin, ces heures 

encore du petit matin 

quand tout commence, donnez-moi, je vous prie, 

ce mouvement léger des branches, 

un souffle, rien de plus, 

et que je sois comme quelqu’un 

qui se réveille dans le monde et qui ne sait 

ni ce qui vient  ni ce qui va 

mourir, donnez-moi 

juste un peu de ciel, ou ce caillou. 

   

Claude Esteban, 

extrait de Quelqu’un commence à parler dans une chambre, éditions Flammarion 

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jeudi 18 mai 2017

Rivière durant au coeur

 

Aimons-nous c'est l'heure

puisque nous passerons comme un matin

dans la confusion des nuages

 

Encore faisons-nous flammes à travers flammes

 

Alliés des deltas lointains

 

Au vol tremblé du poème

prenons sa nuit légère

 

Soyons un effort de branche sous la neige

 

Je nomme ces régions humaines

qui ont beau ciel sur l'énigme

 

Puisque l'orage brûle

dans des cheveux d'enfant

puisque la gueule des amandiers

râle dans les jardins

aimons-nous

 

Et puisque l'homme mord son rêve

jusqu'au sang

 

aimons-nous c'est renaître

 

Jean-Pierre Siméon

Venez à sa  rencontre samedi 20 mai à 17 heures à Chênehutte !

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mardi 9 mai 2017

Poème de la semaine

 vous pourriez appeler chacune des bêtes par son nom,                        chacune par chacun de ses traits, par sa manière de contourner                   le piquet, le tronc, le fossé, par sa démarche sous les grands                arbres secs et dans la pente, par sa soif, sa faim, ses pelures                   d'oreilles, l'épaisseur de sa toison, par sa patience avec les              mouches, son bêlement dans l'écho,

 vous les avez toutes nommées très tôt, dès leur arrivée, avec                     elles épelé ce qui n'aura de signifiance qu'entre vous et la                      montagne, balbutiement trouvé entre les mottes et les hautes                herbes, que lentement vous mâchez, avec elles vous ruminez

Franck Doyen

extrait de collines, ratures, éditions La lettre volée

 

Posté par albanegelle à 09:47 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 18 avril 2017

Poème de la semaine

 

   NATUREL ET SANS DANGER

 

Au printemps les bidonvilles

ressemblent à des cabanes de jardiniers

près du bulldozer ensablé

les terres rases commencent à verdir

 

une péniche glisse sur son bras de Seine

étendue blanche de sable

sans rapport avec une plage

parking futur de remorques garées

 

sur une étendue d'eau un cygne blanc

sur un autre un sac en plastique blanc

se ressemblent comme deux gouttes d'eau

-dans ce paysage précipité par le train -

 

deux chevaux se cabrent

eux seuls ne s'habituent pas

à ce trait bruyant et vif

ils ont leur caractère leurs émois

leur vie à eux

ils ne changent pas.

 

Camille Loivier,

extrait de La terre tourne plus  vite, éditions Tarabuste.

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mercredi 5 avril 2017

Poème de la semaine

De ce côté-ci

ou d'un autre

 

d'un autre

encore

 

de tous

côtés

 

dès lors

 

qu'il nous faut

poursuivre

 

nourrir les mots

par grand froid les abeilles

 

Pascal Commère

extrait de Pris de froid, éditions "Le Frau" (Odile Fix)

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mardi 21 mars 2017

Poème(s) de la semaine

L'impatience ne convient pas au poème.

il suffit de  compter:

tant de jours d'impatience, et si peu de poèmes.

 

               *

 

Dans l'idée d'un poème,

on se réveille parfois,

avec le mot aube dans le mot épaule.

 

               *

 

Les morts tranquilles  marchent dans l'eau.

Ils n'étaient pourtant pas partis

pieds nus.

 

               *

 

Comment

a-t-on pu inventer

le mot abat-jour ?

 

Patricia Castex Menier

extraits de Miniatures, éditions Tensing.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par albanegelle à 12:40 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]