albane gellé

mercredi 31 mars 2021

Poème de la semaine

Un oiseau chante dans les couloirs de l’espace

où la solitude est égale et stable entre les feuilles

La lumière désarme les regards

enferme l’ombre dans ses poteaux de soleil

Quelque part un piano se défend de pleurer

un tas de feuilles mortes respire doucement

quelque part dans une maison calme

le jour se peigne à travers les volets

les toits ne bougent pas malgré leur fièvre

les cheminées sont droites comme des plantes

et le ciel monte d’elles très haut vers le soleil

vers l’horizon où s’attache la terre

une feuille d’ortie transparente de lumière

un moulin de verre bat sur la ville nocturne

un coup d’aile de clarté dévaste la terre

la grande peur se retire des espaces visibles

 

 

la pluie est pleine de regards

sur la terre nue des prés

les flaques d’où déborde le nuage

et que les feuilles traversent en barques

montent jusqu’au bord d’une autre flaque

et s’attendent

les pigeons émiettent le soleil

un passant cherche une rue

où les poules de la terre ont pondu des cailloux

où les arbres regrettent leurs feuilles parties

Dans les villages horizontaux

les maisons penchées sur leurs bancs

écoutent le soir verrouiller la terre

Des fleurs sèchent sur la tapisserie

la fraîcheur est debout dans le couloir

le vent sort un peu de sa vallée

et la fumée gagne sans peine l’éternité

 

 

Lucien Becker, La Tête sans liberté, éditions Sagesse, 1938

Posté par albanegelle à 06:01 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]


vendredi 29 janvier 2021

Poème de la semaine

Quand vient la nuit

Je reste sur le perron et j’écoute

Les étoiles fourmillant dans le jardin,

Et moi je reste dans l’obscurité.

Écoute ! une étoile est tombée dans un tintement !

Ne sors pas, pieds nus, dans l’herbe ;

Mon jardin est plein d’éclats d’étoiles.

 

Édith SÖDERGRAN, Poèmes complets, éditions P.J.Oswald

Posté par albanegelle à 01:52 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 12 novembre 2020

Poème de la semaine

Mes filles, je vous appelle Divines. (...)

Vous vivez dans une époque étrangement mesquine. On a remisé les questions fondamentales dans le placard. On a fait de la lune un objet fabuleux. Mais c'est toute la création qui est fabuleuse, et très probablement amoureuse.(...)

Mes filles, mes Divines, je vous conjure d'admirer. Tout est fabuleux pour qui sait regarder. La fraicheur du regard est le commencement de la sainteté. Détournez-vous des gens masqués et de l'imbécibilité des aveugles. J'ai tendance à croire que tout est fabuleux de ce que frôlent nos yeux et de ce que prennent nos mains. Les bénisseurs possèdent cette terre. (...)

J'ai tout aimé, je me suis rassasié d'amour. Les pistes sont pleines de traces.(...) Je voudrais face à la vie vous savoir sans crainte et sans tremblement. (...)

J'ai tout aimé de ce qu'il est possible d'aimer. Et si de secrètes larmes ont buriné mes joues, je les bénis tout de même puisqu'il est dit que ceux-là qui ont pleuré recevront la grâce de la consolation.

Xavier Grall

extrait de L'inconnu me dévore, ou Lettre à mes filles, in  Oeuvres complètes, à paraître aux éditions Calligrammes.

Posté par albanegelle à 09:26 AM - Commentaires [2] - Permalien [#]

vendredi 18 septembre 2020

Poème de la semaine

Langue révulsée 

Je connais la tentation d'une langue révulsée       Mais comment s'y prendre

Si dure est la corne à mes talons                          d'avoir tant de fois foulé                                                les mêmes traces 

Tout mon corps est calleux                                            et pas seulement la main                                              la fidèle la naïve                                                              elle qui va toute seule aux mêmes comptoirs ramasser la récolte du jour                                    quand par-derrière                                                  l'oreille entend rire les audacieux                                  et trembler le sol sous leurs cavalcades 

Ah!- ils crient tous ensemble                                        et leurs paroles chargées d'embruns                sabrent l'horizon-

Jette aux orties ta pauvre maîtrise                        cours au désert oublie qui tu es                            arrache un à un les masques!

"Viens dans l'ouvert ami!"

Jean-Marie Barnaud                                                extrait de Allant pour aller, éditions Cheyne.

Posté par albanegelle à 09:34 AM - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 23 juin 2020

Poème de la semaine

La vérité est toujours

quelque chose qui s'invente

la vérité d'une branche qui casse

pour que l'ombre recommence à tomber

la vérité d'une main ou d'un fruit

Après tout

la vérité est un reflet infiniment dépouillé

comme lorsque l'ombre tombe

avec la lourdeur de la pomme

et qu'elle se contente d'un voyage

allant vers un autre voyage

ou d'une forme

allant vers une autre forme.

 

Christian Viguié

extrait de Limites, éditions Rougerie (2016)

Posté par albanegelle à 06:29 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]


lundi 8 juin 2020

Poème de la semaine

La beauté de ces arbres

est simplement un rappel

qu'il en est de même

pour la conscience humaine :

plus profondément dans la terre

plus haut dans le ciel...

Osho

Posté par albanegelle à 06:38 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]

lundi 4 mai 2020

LETTRE INFOS

Chênehutte, 4 mai 2020

 

                          Bonjour à vous tous,     

Voilà plus de vingt ans que je vis, comme vous le savez, en équilibrant les temps d’écriture et les temps de déplacements, ici et là autour de la poésie, pour des lectures publiques, des ateliers d‘écriture, des interventions en milieu scolaire, des formations, des festivals, qui sont autant de moyens d’accompagner les livres publiés et de partager la poésie des autres aussi. J’ai toujours aimé cet équilibre-là, entre la solitude dont j’ai besoin pour écrire, chez moi et les rencontres qui nourrissent et qui embellissent la vie, ailleurs.

La situation due à la pandémie de cette année a comme conséquence directe, depuis mars – et jusqu’à l’automne, vraisemblablement - la disparition de ce second temps ( les invitations ici et là) qui correspond aussi à ma source principale de revenus. La période du confinement, et les conditions très privilégiées dont j‘ai bénéficiées ici – vie en famille et en pleine nature - m’a permis finalement de réfléchir à la façon dont je souhaite envisager la suite de cette année.

Après des pensées un peu désespérées de postuler un peu n’importe où pour un peu n’importe quel boulot, après des questionnements sur mon investissement ou non dans la librairie de Patrick, mon compagnon et mari, j’ai ressenti intensément qu’écrire était une sorte de colonne vertébrale et qu’il fallait que je veille à prendre soin de ce temps-là, même s’il ne permet pas directement d’apporter un revenu. Je me suis souvenue que j’aimais plus que tout être ici, chez moi, dans ces espaces extérieurs constitués de prés, de jardins, de forêts et habités par toutes sortes d’animaux, familiers ou sauvages, que ce lieu était décidément puissant et apaisant et que je serais heureuse d’y accueillir davantage de gens. Ensuite, j’ai réalisé que mon lien aux chevaux, s’il a toujours été important et fort depuis mon enfance, ne justifie pas malgré tout une activité professionnelle purement équestre, et que je n’ai pas forcément le désir de développer Petits chevaux et compagnie dans ce sens-là. Je souhaite continuer d’accueillir des enfants et/ou des familles pour des moments simples de soins, de jeux et de promenades avec les petits chevaux, continuer également d’emmener quelques personnes en promenade à cheval, si j’ai des demandes, mais tout cela permettra tout juste, au mieux, à payer le foin et les soins aux chevaux.

Je me suis enfin rendue compte que ce dont j’ai très envie, c’est de partager et de transmettre mes pratiques et compétences, acquises au fil de ces dernières années, et qui tournent finalement autour de trois centres d’intérêt : la poésie (et la littérature en général), les animaux (et le vivant en général), et l’invisible (énergétique, méditation, reliances diverses, physique quantique et intelligence intuitive).

Pour ce qui est de la poésie, après presque 25 ans d’animation d’ateliers d’écriture et d’interventions diverses, je crois que j’aime et que je sais déclencher chez les autres le passage à l’écriture dans l’objectif de reconnaitre sa petite voix à soi, faire découvrir aussi toutes sortes d’auteurs et d’univers poétiques qui vont entrer en résonance chez les uns et les autres, permettre de sentir comme la langue poétique est un art proche de la musique et de la danse, permettant de capter, de traduire et de redonner la complexité du réel et la beauté d’un univers qui est plus que seulement humain, en passant par les sens et la sensibilité et non par le mental et des connaissances purement cérébrales.

Pour ce qui est des animaux, un compagnonnage avec eux depuis toujours, une formation en médiation animale, en communication intuitive, des diplômes et une longue pratique équestres, de nombreuses lectures concernant les récentes recherches scientifiques sur les intelligences animales, m’ont convaincue de la nécessité de transmettre ces découvertes pour inviter à changer notre rapport au vivant, quelle que soit sa forme, dans une intention de le protéger et de l‘honorer. Les arbres, tellement aimés par l’homme avec lequel je vis, qui m’a donc appris et transmis mille connaissances à leur sujet, feront partie bien évidemment de ce chapitre !

Enfin, pour ce qui est du chemin spirituel, disons qu’à une éducation catholique très vite remise en question, voire rejetée pour diverses raisons, a succédé un intérêt de plus en plus grand pour les questions du sacré, de l’énergétique et du vibratoire, intérêt qui m’a emmenée vers des lectures passionnantes (aussi bien sprituelles que scientifiques d’ailleurs), des rencontres décisives, des expériences inoubliables, intérêt qui m’a finalement permis de prendre conscience que tout était relié et interdépendant, qui m’a reconnectée à une expérience personnelle très ancienne (qui fera l’objet d’un livre à venir..!), et qui m’a finalement permis de vivre différemment, en cultivant chaque jour davantage des énergies de joie, de gratitude et de compassion. Deux ans et demi de cheminement en méditation – pratiquée quotidiennement - avec un guide boudhiste m’ont également énormément enrichie, et si je sais aujourd’hui que je ne ne serai pas boudhiste au sens strict du terme, cet accompagnement et cet enseignement  ont contribué à structurer concrètement une pratique spirituelle qui est une sorte de synthèse créative et personnelle me convenant à moi. Le partage de ces savoirs et expériences lors de ces journées que je vais proposer bientôt et dont je joins le descriptif n’est donc en aucun cas une volonté de convertir qui que ce soit à quoi que ce soit, mais plutôt une invitation, à partir de savoirs et d’outils concrets et divers, à inventer ses propres façons de faire pour avancer sur son propre chemin d’éveil dans une forme d‘autonomie, et cela, toujours dans des intentions altruistes et profondément bienveillantes.

Voilà, je crois que j’ai réussi un peu à résumer le pourquoi comment a germé en moi ces dernières semaines l’idée de ces journées, destinées à des adultes, journées que j’ai baptisées : „Des Jours Avec“.Et qui auront lieu chez moi les 30 mai, 6, 20 et 27 juin, 4, 11 et 18 juillet à Chênehutte (49350).

Toutes les précisions sur ces nouveaux liens :

site : www.albanegelle.strikingly.com

et page facebook : DES JOURS AVEC 

Portez-vous bien, à bien vite se revoir, se parler, ou s’écrire.

Albane

 

        

 

Posté par albanegelle à 11:12 AM - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 1 mai 2020

Poème de la semaine

Vous n'êtes pas

une goutte

dans l'océan,

vous êtes l'océan

dans une goutte.

 

Rumi

Posté par albanegelle à 10:51 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]

mardi 7 avril 2020

Poème de la semaine

        LA CONSTRUCTION

« Comment va-t-on construire cette maison-là ?

Qui va poser les portes ?

Alors qu’il y a peu de bras

Et que les pierres sont insoulevables

Tais-toi! Les mains prennent de la force en travaillant

et leur nombre s’accroît

…Et n’oublie pas que toute la nuit

Les morts aussi nous aident.

Yannis Ritsos, traduction Mario Bois

Posté par albanegelle à 05:37 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]

mercredi 11 mars 2020

Poème de la semaine

Je ne cours plus

J'attends

 

Laisse passer les flocons

Les soirées

Les enfants

J'aurai mon regard

Et peut-être

Une main sur la joue

 

J'ai les livres pour patienter

Le sauvage me parle

Les larmes noient chaque écho

Parfois du bleu par la fenêtre

Et toujours

Toujours la musique

 

J'attends sous ma cendre

Pense à souffler

De temps en remps

 

Eric Costan

extrait de Lorsque la seule réponse est demain, éditions La Centaurée

Posté par albanegelle à 09:39 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]