ce ne sont pas les miennes, mais j'avance à quatre jambes, assise j'accélère. le cheval a entendu ce que je n'ai pas dit, j'ai un corps, il galope, et mes mains ne pèsent rien, ne pèsent rien, posées sur un mouvement, un animal. Entre le cheval et moi, rien de se plaint.

(extrait de Je, cheval, éditions Jacques Brémond, 2007, réédition 2015)

                    ***

 

il faisait chaud sous la peau de ma mère                                         

et d’ici sous le ciel je continue d’entendre

les bruits vivants du monde c’est le même

mouvement qui tourne et moi je vais posée

croquant des pommes avec mille voix dans

les oreilles que personne n’entend.

 

                    (...)

 

dans la tête en désordre des rectangles

qui bougent il y en a un c’est une photo

de mon père mort en noir et blanc un autre

pour toute la brume restée dans le cercueil

un autre encore pour mes paroles prononcées

à la nuit et mes terreurs devant personne

demain après les arbres il restera comme une

valise immense debout remplie de mes rectangles.

 

                    (...)

 

après les arbres est-ce qu’un chemin continue

de grimper est-ce que les anges un jour nous

apprennent  leurs chants est-ce que leur langue

est transparente  je suis sur la terre dans la

nuit je parle sans voir et mes paroles se cognent.

le silence est dur comme une paroi de craie il est

obèse dans son ventre il y a mon enfance et toutes

mes prières.

 

                    (...)

 

béquilles ça et là va tremblante la planète

parmi des morts inoubliables et nous vivants

de nos amours allez debout on emmène tout

dehors il neige le monde vacille le monde vacille

 

                    (...)

 

plus âgés que nos âges tous debout depuis

la terre nous sommes restés longtemps au

chaud dans nos paniques récitant des chagrins

ici et là appris par cœur sous une grande

pluie d’hiver, avant de nous mettre à chercher

le soleil, et ses fraîcheurs, et ses jardins.

Demain, même si la lumière demeure difficile,

nous croirons enfin aux anges.

 

(extraits de Bougé(e), éd. du Seuil, 2009)

                ***

 

Tenir journal de ses jours combats

livrés ou siestes sable de rivière

noter bruissements agitations en

dehors de la maison inventorier les

nuits sans lune tous les étourdissements

debout.

 

              (...)

 

Tenir en respect monstres épines malgré

nos tailles minuscules boiteries pansements

chaque coin de rue les jambes en attendant

debout.

 

            (...)

 

Tenir boutique de nos impacts reçus visage

autour des yeux troupeaux de bouches couvrant

la bouche trous noirs milliers comme une mémoire

levée debout.

 

           (...)

 

Tenir chapelle de nos secrets

nos embarras à tout bout de

champ armoires en bois et poids

massifs à trimballer courbés debout.

 

            (...)

 

Tenir tête claire obstinément parmi

les trous dans le langage dans les

visages les maisons – tête claire

d'enfant pas disparue - nuages bas

parfaits et blancs une raison peut-être

assez pour demeurer plusieurs debout.

 

             (...)

 

Tenir le calme contre vulgaires et

basses et assassines forces –

poursuivre histoires et déploiements

vers l'inconnu de toute chose genoux

horizon vertical le corps en tulipe debout.

          

             (...)

 

Tenir bien droit le dos la tête

comme une antidote au désordre

envahissant les plis du corps de

la cuisine et du bureau et maintenant

le jour se lève une rose dépasse

bergeronnette chante debout.

 

            (...)

 

Tenir bon la plupart du temps après

les chagrins des saisons les fêtes

refrains chantés dansés et notre

manque de légèreté parmi les amis

les tablées les rires allez tout

le monde debout.

 

            (...)

 

Tenir à plat milieu des mains trois

souvenirs fragiles épais cherchant

à voir par-dessus bord maladroitement

posés debout.

 

            (...)

 

Tenir hiver dix doigts gelés le rebord

d’un balcon et mon vertige des étages

circule en boule dans les veines jusqu’au

coeur rocher sauté par un grand lièvre

entier debout.

 

(extraits de Si je suis de ce monde, éd. Cheyne, 2012)

 

                     ***

 

coeur galactique et nos nuages d'après-guerre

nous prononçons bientôt matin

et au galop ce qui résonne

plus d'embarras (enfin)

pour les cadeaux donnés reçus

 

        (...)

 

au coeur le vaste

pressenti

plus loin que Terre

corps avec jambes tête coeur et mains

ou corps planète années lumière

aller-retour, nous fermons les yeux

et nous dansons dans un vertige

autour d’étoiles (inexpliquées)

est-ce qu’immobile reste possible

 

            (...)

 

le vent rafales comme si traversant l'atmosphère

(ses bruits d'air cherchent passages)

je tu il nous très trop légers

et s'égratignent nos images de plantations

(quand même les arbres tombent meurent*)

puis

l'étonnement du calme (revenu)

et le retour galop de nos affolements

 

              (...)

 

petites tables plateaux posés milieu d'un champ

en attendant nos légèretés et tous les fruits

je ne dors pas sur mon matelas

la forêt est traversée

de virgules et de dimanches

orpheline

en équilibre de tabouret

et une écharpe sur mes écailles

 

           (...)

 

dans nos vaisseaux soleil clignote

je petite soeur d'un cheval

déterre bobines et des capuches

milliers cailloux autour d’une tasse de café

grande fatigue nous assouplit

 

rocher roulé

 

          (...)

 

quelqu'un tourne les épouvantes

et nous filons, tapis volants

tandis que sur les routes

gravitent méduses

les accidents se continuent

 

          (...)

 

camion tombé de mes épaules

en souvenir les mots avancent plantés de clous

à des allures de train de nuit

quelqu'un tourne capitaine un ami vient

joyeux ni triste

à la jumelle je vois des morts

et la dérive des continents

 

      (...)

 

vagues grandissent

dans nos aquariums de baleines

je chante un peu et je te suis, la rue est longue

et l'air épais

poignets sans montre nous marchons

 

(extraits de Nous valsons, éd. Potentille, 2012)

                    ***

derrière planètes bien sûr je souffle

égratignée

et des paquets dans les bras :

bébés tigres,

bruits de verre

quand l'été sera posé est-ce que

j'aurai les mêmes questions

mes revenantes.

(extrait de A l'aveugle, éd. Vicent Rougier, Ficelle n°119, 2014)

                    ***

plutôt filer correspondances,

de toute façon les grandes fêtes

me donnent tournis de balançoire

 

je préfère écrire des phrases sur une table un peu carrée

 

pardon, là-bas c'est le déluge

 

je range, rasssemble nos affaires

ce qu'il faudrait, c'est la photo des fleurs

dans le verre à moutarde

 

              (...)

 

sur un banc j'ai oublié

mon écharpe, et quoi d'autre

 

j'écoute le bruit-clochettes des catamarans

posés en fond de plage

une femme aux cheveux blancs

marche vite, son chien court

derrière elle comme un fou

 

tu te rappelles ta question

quel chemin faut-il faire

pour aller jusqu'à toi

 

je grimpais aux arbres

 

(extraits de Souffler sur le vent, éd. La Dragonne, 2015)

 

                     ***

 

Tu voyages avec moi. Tu n'es pas encombrant.

Où que j'aille.

 

(extrait de Où que j'aille, éd. Esperluète, 2014)