Les romans sont des abris où retrouver des disparus. Ecrire, c'est construire leur refuge, assembler des branchages, bâtir des murs, préparer les lits, penser à la liste des courses et aux chansons que l'on chantera après le repas. C'est les attendre au bout du chemin, la nuit est tombée déjà, ils sont en retard.

De l'organique, de l'eau, du sable, je prépare un mortier. Les mains sales de malaxer la matière, touours y reviennent.

Ce serait une forêt et je devrais la traverser, seule.    

J'ai tout le temps peur mais c'est chez moi.

(...)

Les gens sont des histoires,tu les inventes, ils vivent plus que vrai. les gens sont une silhouette sur une photo et toute la vie ils sont un pull rayé, un tableau au-dessus de la cheminée, un clocher bande claire, des lunettes fumées, un poulet rôti et des coupes fières. Les gens sont des dates, tu les notes scrupuleusement, des maisons, tu les visites, un bord de rivière, un plat préféré, des cicatrices que rien ne soigne, tu souffles doucement dessus. Les gens sont maintenant des chansons, tu les écoutes et si tu pleures un peu, tu as raison.

extrais de Les gens dans l'enveloppe, Isabelle Monnin, éd. JC Lattès