vous pourriez appeler chacune des bêtes par son nom,                        chacune par chacun de ses traits, par sa manière de contourner                   le piquet, le tronc, le fossé, par sa démarche sous les grands                arbres secs et dans la pente, par sa soif, sa faim, ses pelures                   d'oreilles, l'épaisseur de sa toison, par sa patience avec les              mouches, son bêlement dans l'écho,

 vous les avez toutes nommées très tôt, dès leur arrivée, avec                     elles épelé ce qui n'aura de signifiance qu'entre vous et la                      montagne, balbutiement trouvé entre les mottes et les hautes                herbes, que lentement vous mâchez, avec elles vous ruminez

Franck Doyen

extrait de collines, ratures, éditions La lettre volée